Business

En deuil de la reine, la Grande-Bretagne a montré qu’elle avait toujours un désir d’unité

Chacun aura son propre souvenir dominant des 10 derniers jours mais pour moi ce sont les silences. Le calme des chapelles tandis que les cortèges faisaient leur travail ; le calme de Westminster Hall alors même que des milliers de personnes le traversaient; la solidarité du silence sur les terrains de football et autres événements.

D’autres se souviendront de l’apparat, de la vue du nouveau roi saluant les sympathisants, de la file d’attente ou de cette surprise prise dans la gorge alors qu’ils parlaient de la défunte reine. Certains étaient profondément touchés, d’autres voulaient participer au plus grand show du monde. Riches ou pauvres, jeunes ou vieux, royalistes ou républicains, tous ont partagé ce moment. Il y a eu une conversation nationale.

Bien sûr, pour les indifférents ou les moins convaincus de la monarchie, les deux dernières semaines ont été une source d’irritation. Certains ayant des racines dans d’anciennes colonies craignent que la ferveur patriotique ne voit le Royaume-Uni reculer devant la lutte contre les injustices de l’empire. Mais les émotions accablantes de cette période semblent avoir été la réflexion, la tristesse, l’introspection et le sentiment qu’il existe, le plus souvent, une bonne façon de se comporter.

Pour les historiens, la mort de la reine est un signe de ponctuation important – la clôture d’un chapitre de la vie nationale, un moment pour terminer un récit plus large. La plupart d’entre nous sont trop occupés pour s’abandonner à des finalités aussi faciles, même si pour les plus âgés ou les plus nostalgiques, ce fut aussi un moment de deuil pour les chemins perdus de leur propre vie. Ceux qui recherchent une preuve du statut de la Grande-Bretagne le verront dans les dirigeants mondiaux pour avoir sacrifié l’Assemblée générale des Nations Unies pour affluer aux funérailles.

Mais pour tous, la période a été troublante. Il a été largement possible de continuer comme d’habitude mais en même temps impossible d’ignorer ou de ne pas être pris dans l’événement plus large.

Mardi, le contexte normal de la vie britannique est rétabli. Pour les citoyens, le spectacle est terminé. Pourtant, comme pour un chagrin plus immédiat, les mois à venir serviront de rappel épisodique de ce qui s’est passé. Les pièces et les billets commenceront lentement à changer. Nous continuerons à trébucher sur l’hymne national pendant un certain temps ou à oublier que les meilleurs avocats ne sont plus des QC. Les nouveaux passeports feront désormais référence à Sa Majesté britannique.

La politique retrouvera toute sa fureur féroce. Le nouveau gouvernement de Liz Truss, bloqué par la mort de la reine, cherchera désormais à entasser deux semaines d’élan en quatre jours avant les conférences restantes du parti. Nous avançons profondément dans le cycle électoral (l’avons-nous jamais quitté ?) et la nécessité de tracer des lignes nettes entre les principaux partis devient plus pressante. Un gouvernement en retard dans les sondages, avec une nouvelle dirigeante soucieuse de s’imposer, est impatient de passer à autre chose. L’attention reviendra pleinement sur les problèmes du NHS, les grèves des chemins de fer et le coût de la vie.

La politique, à juste titre, doit porter sur des points de vue et des politiques différents, y compris même sur l’avenir de la Couronne. En période économique difficile, en particulier, il y a de sérieuses différences à débattre. Ce débat et cette division sont au cœur du processus démocratique inscrit dans une monarchie constitutionnelle.

Mais les événements des 10 derniers jours pourraient être un petit avertissement pour les dirigeants du pays. Ce n’est pas un pays qui, dans l’ensemble, aspire à plus de division, à des bouleversements plus radicaux, à plus d’opportunités de monter une communauté contre une autre. Après 15 ans de chocs politiques et économiques ; après la douleur des luttes du Brexit et la vitupération et l’intolérance croissantes du discours politique, on a le sentiment que le Royaume-Uni autrefois peu démonstratif et stable est devenu un pays en colère. Tous les grands partis y ont joué leur rôle.

Pourtant, comme pour le jubilé de platine, on sent dans le courant dominant de la société un plus grand désir d’unité, pour un pays qui est – selon les mots d’un ancien Premier ministre – « à l’aise avec lui-même ».

Alors que les eaux se ferment pendant la période de deuil, les politiciens feraient bien de noter à quel point la population semble saluer les moments d’unification nationale que beaucoup ont identifiés à la reine. La cérémonie et le protocole sont tous conçus pour susciter des émotions particulières, mais ce sont des émotions que beaucoup souhaitent ressentir. C’est un rappel que malgré tout le bruit politique des deux côtés, beaucoup, beaucoup de gens aiment et veulent montrer la fierté de leur nation. (Ce n’est pas par hasard que les nationalistes écossais dont la fierté est dans une nation différente ne manifestent aucun désir de changer de chef d’État).

Alors que la politique revient en force, les dirigeants pourraient réfléchir aux récompenses pour ceux qui semblent offrir à nouveau la perspective de l’unité et l’espoir d’un débat moins fatigant et moins colérique. Même dans les disputes les plus chaudes, il y a souvent parmi les gens ordinaires un terrain d’entente à l’échelle du boulevard qui attend ceux qui souhaitent le trouver. Il convient de rappeler que la promesse de Boris Johnson de “faire avancer le Brexit” était autant un appel à mettre fin aux combats qu’à achever le processus. Malgré toutes les divisions autour de la sortie de l’UE, le positivisme de Johnson a été la clé de son succès.

Les armes politiques ne se tairont jamais et elles ne devraient pas non plus. Il est au-delà de la naïveté de penser que le tracé précis des lignes de démarcation cessera. Mais l’unité des grands moments nationaux rappelle une population qui pourrait être prête à répondre à un leader qui semble promettre un avenir moins furieux.

robert.shrimsley@ft.com

Leave a Reply

Your email address will not be published.